Thursday 29. October 2020

Une année électorale sans élection en République Démocratique du Congo

Le scénario prédisant un risque de dérapage sécuritaire est pris au sérieux par la communauté internationale. Quelle marge de manœuvre pour l’Union européenne ?

Les Ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis en Conseil le 17 octobre, ont pris position en des termes clairs à propos de la situation en République Démocratique du Congo (RDC). L'UE condamne explicitement les violences perpétrées les 19 et 20 septembre derniers à Kinshasa, réaffirme la responsabilité des autorités dans l'organisation des élections, la nécessité de les organiser le plus tôt possible en 2017 et du respect de la Constitution, spécialement de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Elle appelle aussi à un dialogue politique inclusif et transparent, associant notamment la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) et porté par un large consensus populaire, ainsi que le respect des droits de l'homme et de l'état de droit. Enfin, elle évoque la possibilité de sanctions à l'égard du régime et réaffirme son soutien, notamment financier, à un processus électoral transparent.

 

Le point sur les négociations

Le même jour, la médiation menée sous l’égide de l’Union Africaine sous la forme d’un « dialogue national », dont l’objectif est de sortir de la crise latente - qui perdure depuis la réélection entachée de lourdes irrégularités de Joseph Kabila en 2011 - et de conduire rapidement à des élections libres et apaisées, a aboutit à un accord qui postpose les élections présidentielle, législatives et provinciale en avril 2018. Dans l'intervalle, le maintien en fonction de Joseph Kabila et l'attribution du poste de premier ministre à un leader de l'opposition, probablement Vital Kamerhe, est prévu.

 

Cet accord a immédiatement été dénoncé par l’opposition qui appelé à l'opération “villes mortes“ en guise de protestation, ce qui conduit à douter d'une résolution rapide de la crise politique qui secoue actuellement la RDC.

 

Le président Joseph Kabila, au pouvoir en RDC depuis 2001, arrive au terme de son second et, théoriquement, dernier mandat le 20 décembre de cette année. La Constitution lui interdit de se représenter et il a échoué à la modifier. Il ne montre cependant aucun signe laissant penser qu’il quittera effectivement ses fonctions à temps alors qu’il est aujourd’hui matériellement impossible que l’élection présidentielle se tienne dans les délais impartis. En outre, la Cour Constitutionnelle, saisie par la majorité, a rendu un arrêt en mai dernier qui l’autorise à rester en poste en cas de retard de scrutin.

 

Un scrutin présidentiel dont la planification semble avoir été délibérément postposée sine die, cette stratégie politique est désignée par le vocable de « glissement » puisque la crise électorale a été artificiellement provoquée.

 

Le « Rassemblement », coalition des forces politiques et sociales de l’opposition autour d’Etienne Tshisekedi, conditionnait sa participation au dialogue national à des préalables dont la libération des prisonniers politiques et l’arrêt des poursuites contre Moïse Katumbi, candidat à la présidentielle en exil en Europe.

 

La position de l’Eglise catholique

L’église catholique, dont se revendiquent environs 40% des Congolais, a quant à elle suspendu sa participation au dialogue suite aux violences survenues en marge de la manifestation organisée pour signifier à Joseph Kabila son prochain congé.

 

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) exige une enquête indépendante sur la répression meurtrière qui a fait plusieurs dizaines de morts et que l’accord politique qui sanctionne le dialogue national précise explicitement que l’actuel président ne briguera pas un troisième mandat. Conditions non-remplies à ce jour.

 

On observe une perte de crédibilité des acteurs institutionnels classiques, majorité comme opposition issus de la même classe politique. La société civile a aussi perdu sa capacité de mobilisation et la population cherche de nouvelles formes de rassemblement avec une jeunesse qui se sent exclue de la vie politique et des conditions socio-économiques désastreuses.

 

Le scénario prédisant un risque de dérapage sécuritaire est pris au sérieux par la communauté internationale: le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies a placé le pays sous surveillance suite aux récentes violences et à la restriction croissante des libertés fondamentales et la Cour Pénale Internationale a indiqué suivre l'évolution des évènements avec vigilance. Le Trésor américain a par ailleurs placé sur liste noire deux hauts responsables militaires proches du Président.

 

Emmanuelle Devuyst

JESC

 

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