Sonntag 19. August 2018
#216 - Juin 2018

Vers un monde dénucléarisé

Dans le contexte des récentes avancées dans le domaine des capacités militaires et de l'armement de l’UE, certaines réflexions s’orientent vers la mise au point d'une "bombe atomique européenne". Norbert Mette, professeur émérite de théologie pratique et membre du mouvement Pax Christi pour la paix, plaide avec le pape François en faveur d'une interdiction générale des armes nucléaires.

En janvier de cette année, le pape François avait confié à des journalistes qu'il craignait une attaque nucléaire inconsidérée. A l’époque, le conflit entre le président des Etats-Unis Donald Trump et celui de Corée du nord Kim Jong Un s'aggravait. Depuis lors, les relations entre les deux nations se sont quelque peu apaisées, mais cela ne veut pas dire que le danger de l'utilisation des armes nucléaires dans l'un ou l'autre endroit du monde ait disparu pour de bon. Le Proche-Orient, par exemple, constitue un autre baril de poudre à l'heure actuelle. Il n'est pas exagéré de craindre que d'autres Etats de la région, en dehors d'Israël, puissent non seulement continuer d'amasser des armes conventionnelles mais mettent aussi au point des armes nucléaires de destruction massive. Depuis quelque temps déjà, la course aux armements a repris entre les Etats-Unis et la Russie, dans le cadre de la "modernisation" des armes nucléaires. De nouvelles armes aux capacités supérieures ont été - et continuent d'être - mises au point des deux côtés. Les Etats membres de l'OTAN sont liés par le système de la dissuasion nucléaire, même ceux qui ne possèdent pas leurs propres armes nucléaires. Cette stratégie prévoit la possibilité d'une "première frappe" nucléaire en cas de menace.

 

L'avis de l'Eglise sur la course aux armements

 

La position de l'Eglise catholique sur les armes nucléaires de destruction massive a récemment pris une direction remarquable. Après l'horreur des expériences de la première guerre mondiale, l'appel au désarmement militaire a constitué un élément essentiel des enseignements des papes en matière de paix. Cet appel a été renforcé suite aux souffrances incommensurables causées par les bombes atomiques qui ont frappé le Japon à la fin de la deuxième guerre mondiale. Lors du Concile Vatican II, cette position a été avalisée par la grande majorité des évêques présents (cf. Gaudium et Spes 80-82). L'un des arguments à cet égard était que la course aux armements était destructrice, non-seulement en cas "d’escalade", mais déjà du fait de son coût aux dépends des plus pauvres.

 

Approbation d'un délai pour la doctrine de la dissuasion mutuelle

 

Les années 1980 ont vu s'intensifier le débat éthique au sein de l'Eglise dans le contexte de la "Double Décision de l'OTAN". Le pape Jean-Paul II a souligné avec force qu'étant donné la sophistication des systèmes d'armement, il était absolument certain que la guerre moderne n'offrait plus aucun moyen réalisable de résoudre les conflits entre les Etats-nations. Compte tenu de l'arsenal d'armes nucléaires détenu par les deux grandes puissances de l'époque, les Etats-Unis et l'URSS, une "éthique d'urgence" a été proposée par plusieurs conférences épiscopales : la stratégie de dissuasion mutuelle ne pouvait être approuvée et déclarée moralement responsable que pendant une période de transition, à condition que des propositions de mesures de désarmement spécifiques entre les Etats soient formulées et mises en oeuvre.

 

Un pas important dans cette direction a été fait plus récemment. Lors de la conférence des Nations Unies du 7 juillet 2017, les 124 Etats membres participants ont adopté à une majorité écrasante le "Traité sur l'interdiction des armes nucléaires", qui va beaucoup plus loin que le Traité de non-prolifération nucléaire de 1970. Ce nouveau Traité interdit la mise au point, les essais, l'accumulation, le transport, le déploiement et l'utilisation des armes nucléaires. Mais les puissances nucléaires et les autres Etats membres de l'OTAN, à l'exception des Pays-Bas, n'ont pas participé aux négociations et boycottent le Traité.

 

Expiration de la période de transition

 

Toutefois, le pape François s'est fait le fervent avocat du Traité et joue un rôle moteur dans sa défense. Le pape a en effet multiplié les efforts pour que le Traité soit mis en place et a veillé à ce que le Saint Siège soit l'un des premiers signataires. Il s'agit d'un sujet qui lui tient à cœur, comme le montre l'organisation d'un symposium de haute volée à Rome en novembre 2017 par le "Dicastère du Vatican pour le service du développement humain intégral". Ce symposium avait pour thème les "Perspectives pour un monde sans armes nucléaires et pour un désarmement intégral". Dans son discours aux participants de ce symposium, le pape François est allé bien plus loin que ce qui avait été jusque-là la position officielle de l'Eglise. Il a affirmé que ce n'était pas seulement l'utilisation des armes nucléaires mais aussi la menace de s'en servir et leur possession qui devaient être fermement condamnées. Le pape a déclaré que le délai d'approbation morale limitée de la doctrine de dissuasion nucléaire, comme le formulaient les lettres pastorales susmentionnées au début des années 1980, avait maintenant expiré.

 

Norbert Mette

Professeur émérite de théologie pratique et membre du mouvement Pax Christi pour la paix

 

 

Version originale de l’article : allemand

 

 

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