Tuesday 18. May 2021
#196 - Septembre 2016

Contrôle des armements nucléaires en Europe: augmentation des risques

Quarante-six ans après l’entrée en vigueur du traité sur la non-prolifération, l’humanité est bien éloignée d’un monde sans armes nucléaires. Thomas Hoppe met en garde contre une nouvelle revalorisation de l’armement nucléaire en Europe aussi.

L’accord sur l’élimination de toutes les forces nucléaires intermédiaires terrestres en Europe – le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) – a permis, en 1987, de réaliser une avancée dans la maîtrise des armements nucléaires: pour la première fois, on parvenait à négocier le retrait de non seulement toute une catégorie d’armes, mais également d’un arsenal qui avait exercé une influence décisive sur le climat de dissuasion qui régnait entre l’Est et l’Ouest.

 

Prévention des situations à risques

 

De part et d’autre, il s’agissait de potentiels ultramodernes pour lesquels des options d’engagement tout à fait réalistes étaient prévues, en cas d’échec de la dissuasion. L’«option zéro» sur le terrain des forces intermédiaires a néanmoins permis de tirer les conséquences du revers de cette évolution, à savoir ses effets déstabilisateurs: dans des situations de crise politique, des armes nucléaires de haute précision et à déploiement rapide, mais en même temps vulnérables à la riposte de l’adversaire, auraient pu provoquer des obligations d’intervention, créant une crise qui aurait probablement culminé avec une guerre atomique, alors que personne n’aurait eu la volonté de déclencher une telle catastrophe.

 

En outre, les années quatre-vingt ont maintes fois donné lieu à des scénarios qui, en raison d’une défaillance technique ou d’un enchaînement de malentendus et d’hypothèses erronées concernant les intentions de chacun des camps opposés, avaient mené au bord d’une guerre nucléaire, dont deux fois à l’automne 1983.

 

Rationalité éthique et stratégique

 

Dans le traité FNI, il a ainsi été tenu compte du fait qu’une rationalité à la fois éthique et stratégique exige une réduction du potentiel des armements. En effet, ces armements, au lieu de correspondre à l’objectif de prévention d’une guerre, menacent de rendre plus probable le déclenchement d’une guerre. Il conviendrait de réduire les dangers de mesures d’armement contreproductives du point de vue de la politique de paix, sans toutefois renoncer fondamentalement, à ce jour, à la stratégie de dissuasion nucléaire. Au contraire, les dangers de la prolifération des technologies nucléaires à usage militaire augmentent dans le monde entier; vu les situations d’instabilité croissante, aucune puissance nucléaire n’est actuellement prête à continuer de réduire de manière substantielle son propre potentiel.

 

Importance grandissante de l’arme nucléaire

 

En attendant, il y a plutôt lieu de craindre l’éventualité d’une nouvelle revalorisation de l’armement nucléaire, même en Europe. Les États-Unis et la Russie se reprochent mutuellement de violer le traité FNI de 1987, compromettant de ce fait la stabilité de ce régime de contrôle des armements en vigueur jusqu’à présent. Les raisons à cela résident notamment dans la sophistication croissante de l’armement, surtout côté russe; les États-Unis redoutent un contournement des dispositions du traité FNI.

 

La Russie perçoit notamment le déploiement des systèmes de défense anti-missiles américains en Roumanie, compte tenu de la détérioration des relations avec l’Ouest depuis quelques années, comme une menace pour ses propres capacités militaires, sur lesquelles reposait autrefois le consentement à l’accord FNI. De même, le rôle d’armes nucléaires tactiques dans le cadre de scénarios de déploiement en vue d’une guerre éventuelle avec l’OTAN est sensiblement plus marqué que par le passé. Cela reflète d’une part la modification des rapports de forces en défaveur de la Russie dans le domaine des armements conventionnels (par ailleurs, un régime adéquat de contrôle des armements fait actuellement défaut en l’espèce) et d’autre part l’extrême supériorité que conservent, côté russe, les armes nucléaires tactiques.

 

Conséquences pour l’UE

 

L’Union européenne a clairement signalé, avec sa «stratégie globale pour la politique étrangère et de sécurité» présentée récemment, que, dans le domaine de la prévention en matière de sécurité militaire, elle misera davantage que par le passé sur la coopération avec l’OTAN. Ce faisant, elle est directement concernée par l’ensemble des risques pesant sur la stabilité dans le domaine militaire, mais son influence n‘y sera désormais que très limitée. Elle devrait, dans la mesure du possible, contribuer à l’élaboration de politiques susceptibles de prévenir un échec du traité FNI, avec la conséquence probable de devoir faire face aux périls d’une nouvelle course aux armements.

 

L’Union devrait en outre avoir pour objectif de réduire les incitations à la prolifération des armes nucléaires et développer de manière ciblée le régime de non-prolifération. Il s’agit enfin de renforcer la «sécurité nucléaire» à l’échelle mondiale, et d’empêcher notamment qu’un tel potentiel ne tombe entre les mains d’acteurs qui pourraient le détourner au profit d’un chantage terroriste, ou même en faire une utilisation effective.

 

Thomas Hoppe

Professeur à l’Université de la Bundeswehr (Forces armées fédérales allemandes), à Hambourg

et membre du Groupe de travail scientifique de la Conférence épiscopale allemande sur les affaires internationales de l’Eglise

 

 

Version originale de l’article : allemand

 

 

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