Tuesday 18. May 2021
#139 - juin 2011

 

Le nouveau partenariat avec le monde arabe : une réponse partielle de l’UE pour cette région

 

La Communication conjointe publiée par la Commission européenne et la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, le 8 mars 2011, tout en offrant des politiques à court et à long terme pour la ‘démocratie’ et la ‘prospérité économique’, ignore totalement la ‘dimension religieuse’.

 

Les pays arabes réclament la liberté et la démocratie. Il se dit que le sort des minorités ethniques et religieuses sera le baromètre du progrès. Cependant, la Communication conjointe en question ne mentionne ni la ‘liberté religieuse’, ni les ‘minorités religieuses’, et ne fait pas de place à la ‘diplomatie interreligieuse’ !

La Communication donne foi aux évènements survenus chez nos voisins du sud. Il semblerait que l’UE soit sur le point de réaliser et d’affirmer qu’il ne peut y avoir de sécurité en Europe sans sécurité dans la zone méditerranéenne.

 

Un nouveau rapprochement

L’essentiel de la Communication se concentre et développe trois axes autour desquels le partenariat pour la démocratie et une prospérité partagée devraient s’articuler : premièrement, une transformation démocratique et un renforcement des institutions ; deuxièmement, un partenariat renforcé avec les populations ; et troisièmement, une croissance et un développement économique durables et inclusifs.

 

La conclusion contient deux éléments importants. Il incombe à chacun des pays arabes souverains d’indiquer quel type d’aide et d’assistance ils attendent de la part de leurs partenaires européens. De plus, l’UE est déterminée à ne pas imposer de solutions et de modèle de démocratie à la région. En toute honnêteté, cette nouvelle façon de penser est en soi un nouveau rapprochement, qui, s’il se concrétise pourrait servir à panser les plaies du passé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. A l’intérieur, en se débarrassant des régimes totalitaires, et à l’extérieur, en jetant aux oubliettes de l’histoire non seulement l’impact négatif du colonialisme, mais également les politiques européennes négatives qui ont été mise en œuvre jusqu’à récemment dans le cadre d’accords bilatéraux entre l’UE et certains régimes arabes.

 

Le rôle de la religion

Il faut garder à l’esprit que ces forces ou éléments se meuvent dans une région dans laquelle la religion occupe une place vitale, ou du moins déterminante, dans la société. Si l’on interroge les européens sur la part de la religion dans leur vie, la moyenne s’approche de 30-35 %. Au Moyen-Orient, elle est de 90-95 %. Le rôle de la religion, ou mieux de la ‘diplomatie interreligieuse’, est important tant dans les relations intérieures qu’extérieures.

 

C’est en cela que cette communication conjointe est en soi insatisfaisante, tout simplement parce qu’elle ne tient pas compte de la dimension religieuse du dialogue interculturel. D’autres documents du même genre, publiés et diffusés dans les couloirs européens du pouvoir, parlent de l’importance de l’Alliance des Civilisations et de la Fondation Euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le Dialogue entre les cultures, alors que nous devrions commencer par parler d’alliance de convictions. Une alliance de convictions pleinement dédiée à construire des ponts d’entente, d’amitié et d’échange culturel, humain et spirituel, avec le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, entre les personnes de toutes convictions, afin de maintenir la culture d’amour et de paix – « où le temporel » comme le disait Louis Gardet (1904-1986) « reste chargé de valeurs religieuses » et qui doit être considéré comme « participant à la même humanité ».

 

Une pléthore de questions

A ce stade, une pléthore de questions doit être abordée. Par exemple : Quel pourrait être le rôle de l’UE pour garantir la pleine protection des droits de toutes les minorités religieuses ? Quels sont les moyens dont dispose l’UE et quels instruments pourraient être créés ou améliorés pour atteindre cet objectif ? Quelle aide l’UE pourrait-elle apporter pour soutenir et maintenir l’interaction pacifique entre les majorités musulmanes et les minorités chrétiennes, ainsi que les autres minorités religieuses, au Moyen-Orient ?

 

S’il ne peut y avoir de sécurité en Europe sans qu’il n’y ait de sécurité en Méditerranée, il ne peut y avoir de sécurité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sans qu’il n’y ait de sécurité entre les majorités musulmanes et les autres minorités religieuses. L’UE doit en tenir compte. En effet, « une inspection plus approfondie de l'évidence peut nous montrer la voie à suivre et nous aider à façonner notre approche à un problème donné. » S'attaquer à cela est essentiel pour progresser vers une solution. « Une compréhension sérieuse de la dimension religieuse de la sphère publique est indispensable dans de nombreuses situations. »

 

Père Joe Vella Gauci

 

Version originale de l’article : anglais

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