Tuesday 18. May 2021
#143 - Novembre 2011

 

Améliorer l’intégration des ressortissants des pays tiers dans les sociétés européennes

 

Le nouvel agenda proposé par la Commission européenne cherche à réaliser l’intégration des migrants.

 

Selon la Communication de la Commission européenne du 20 juillet 2011, intitulée Agenda européen pour l’intégration des ressortissants de pays tiers, 6,5% de l’ensemble de la population de l’UE-27 sont des étrangers (soit 32,4 millions). 12,3 millions d’entre eux sont des ressortissants de l’UE-27 qui vivent dans un autre Etat membre que le leur et 20,1 millions sont des citoyens d’un pays ne faisant pas partie de l’UE-27 (ce qui représente 4% de la population totale). Mais il est possible que ces statistiques ne donnent pas un tableau complet de la situation locale et nationale réelle dans de nombreux pays de l’Union européenne où la présence de l’immigration est beaucoup plus forte : c’est ainsi que le nombre de personnes nées dans des pays tiers dépasse les 10% en Allemagne, en Estonie, en Irlande, en Grèce, en France, au Royaume-Uni, en Suède, en Slovénie, en Autriche, à Chypre, en Lettonie, au Luxembourg et en Espagne – sans parler de l’existence de régions et de villes européennes qui ont un taux d’immigration de plus de 20% et qui comptent près de 40% de personnes d’origine immigrée. Il faut également tenir compte d’autres facteurs qualitatifs pour étudier le phénomène de l’immigration : la concentration des immigrants dans certains endroits, leur milieu culturel et leurs affinités (ou disparités) avec les sociétés qui les accueillent (langue, traditions, religion, liens historiques, etc.), leur niveau d’études, l’âge, le sexe, etc. Il n’est pas réaliste de penser que la gestion du phénomène de migration puisse fonctionner à l’aide de l’unique catégorie de "l’immigrant", sans se pencher sur les spécificités de chaque groupe de migrants  ainsi que leur impact sur chaque société d’accueil, au niveau local, régional et national.

 

La dimension statistique de l’immigration est un outil d’importance clé pour analyser l’influence de la participation des résidents des pays tiers dans le domaine politique, qui est une proposition ayant l’appui de la Commission. Son impact éventuel dans les régions et les villes où le pourcentage de ressortissants de pays tiers est élevé pourrait affecter les majorités politiques actuelles. Toutefois, au niveau européen, les statistiques n’incluent pas cet élément dans leur recherche. Si l’on ne veut pas que les ressortissants de pays tiers soient totalement exclus de la vie politique, la prudence exige aussi de prendre des décisions au cas par cas au sujet du mode et de l’étendue de la participation politique ; de formuler des conditions pour accorder cette participation (selon les pays : nombre d’années de résidence permanente ; connaissance de la langue, de la culture et des institutions nationales ainsi que des droits et devoirs des citoyens ; absence de casier judiciaire, etc.) et d’avoir le chiffre des nouvelles naturalisations. Le niveau d’intégration sociale et politique et les capacités de chaque société en la matière ne sont pas homogènes et doivent également être mis à l’épreuve.

 

D’autre part, l’intégration sociale n’est pas un processus automatique produisant un résultat qui est nécessairement un succès dans certaines conditions économiques et sociales. Le respect total des droits d’autrui et l’acceptation personnelle de ses devoirs sont des facteurs nécessaires à l’intégration réussie des migrants dans la société d’accueil. En outre, le principe d’égalité devant la loi doit être renforcé comme pilier de nos démocraties, évitant ainsi toute coexistence basée sur l’inégalité des droits ou des devoirs.

 

Les postulats culturels qui donnent à une société sa cohésion et son unité ne doivent pas être affaiblis par une politique migratoire déséquilibrée. Les pratiques culturelles apportées par les immigrants doivent être respectées et acceptées du moment qu’elles ne contreviennent ni aux valeurs éthiques universelles inhérentes à la loi naturelle ni aux droits fondamentaux énoncés par Jean Paul II. “L’équilibre culturel”, nous a rappelé le Pape, s’ouvre aux minorités et respecte leurs droits fondamentaux, tout en permettant la pérennité et le développement de la “physionomie culturelle” spécifique à une région, “son patrimoine fondamental composé de la langue, des traditions et des valeurs qui sont généralement liées à l’expérience de la nation et au sens de la patrie”. Seule une évaluation concrète du bien commun à un moment historique précis et dans une situation territoriale et sociale donnée peut contribuer, dans un climat de véritable ouverture, à atteindre une solution juste et positive.

 

Dans le cas de la culture européenne, fortement enracinée dans les valeurs chrétiennes qui constituent le facteur majeur de son unité, tout "équilibre" doit respecter son origine culturelle chrétienne. Même la force du projet politique européen dépend de la reconnaissance de ces racines communes et de la pluralité de son expression.

 

José Luis Bazán

 

Version originale de l’article : anglais

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