Tuesday 18. May 2021
#141 - Septembre 2011

 

Des principes à toute épreuve pour assurer un avenir rempli d’espoir

 

Alors que de plus en plus d’États membres de l’Union européenne remettent en question leur actuelle politique d’intégration, des membres de l’Église catholique examinent et débattent également des nouvelles possibilités de dialogue avec les citoyens musulmans. Martin Rupprecht est prêtre à Vienne et dirige l’« antenne de contact pour la rencontre  islamo-chrétienne de l’archevêché de Vienne ». Fort  de ses expériences personnelles, il a élaboré quelques principes de base.

 

La confrontation avec l’islam fut pour de nombreuses personnes, au sein de l’Église également, l’occasion idéale de nourrir un scénario de menace : les taux de natalité élevés sont pointés du doigt, certains souhaitent en outre prouver que la violence est inhérente à l’islam et qu’il est par conséquent nécessaire de développer une stratégie de défense.

 

D’un point de vue psychologique, il est compréhensible que lorsqu’une personne se trouve dans une phase où elle a l’impression de perdre son identité, elle tente de réagir en diabolisant l’autre. Toutefois, cette réaction ne permet pas de construire un modèle de cohabitation viable, et ne constitue en rien une attitude chrétienne. En nous basant sur nos efforts de dialogue, dont nous pouvons dire qu’ils ont été fructueux dans l’ensemble, nous avons élaboré les principes suivants :

 

« Audiatur et altera pars – entendre la partie adverse » :

Qu’il s’agisse d’une interprétation du Coran ou de la persécution des chrétiens en Irak, même si les circonstances semblent évidentes, une personne responsable n’agit que si elle s’efforce d’entendre le point de vue de la partie adverse.

Si nous prenons par exemple le cas de cet horrible massacre au cours duquel 58 personnes ont perdu la vie dans une église de Bagdad en 2010 lors des fêtes de Noël, nous devons également considérer que le lendemain même, un attentat dans une mosquée chiite a causé la mort de plus de 100 personnes. Nous devons reconnaître qu’il existe des groupes terroristes qui ont véritablement pour objectif d’expulser les chrétiens de tous les pays islamiques, mais que parallèlement, de nombreux musulmans en souffrent aussi.

Encourager les processus d’apprentissage et les accompagner :

L’histoire de l’Église catholique romaine est l’exemple par excellence en matière de processus d’apprentissage. Le fait d’en parler, d’expliquer les évolutions théologiques ainsi que de décrire clairement l’action du Saint-Esprit peut être une forme d’accompagnement amical des musulmans. Les déclarations de certains représentants de l’Église qui affirment qu’« il ne peut y avoir de dialogue entre les chrétiens et les musulmans » ou que « l’on ne peut jamais faire confiance à un musulman » constituent, selon moi, de véritables péchés contre le Saint-Esprit ; des péchés qui, comme il est écrit dans Matthieu 12 :31, ne leur seront point pardonnés.

 

Placer l’Homme au centre de nos préoccupations, et non le chrétien:

« Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ». Gaudium et Spes 1. La répartition entre chrétiens et non-chrétiens est nécessaire à de nombreux processus internes à l’église, elle ne doit cependant pas aboutir à un raisonnement faisant systématiquement la différence entre le « vous » et le « nous ». En effet, le recours à un schéma basé sur le « vous » et le « nous » joue le jeu des agitateurs politiques et mène à la haine et à la division.

 

S’observer dans la prière et apprendre à se connaître :

En mai 2011, nous avons décidé d’échanger nos chaires : lors de la messe du dimanche, l’imam Hizir Hoca prêcha dans mon église. De mon côté, je pus parler aux musulmans de sa mosquée lors de la prière du vendredi. Mais avant cet échange, des années durant, nous nous étions invités mutuellement, avions suivi ensemble des formations et des séminaires religieux. Mais surtout, nous avions assisté aux services religieux de l’autre. Quand des musulmans ont-ils pu observer des chrétiens lors de leurs moments de prière ? Quand des chrétiens ont-ils pu assister à une journée de jeûne d’une famille musulmane pendant le Ramadan ?

 

Reconnaître l’action de Dieu sur les autres comme un message pour soi :

« C’est pourquoi elle (l’Église) exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles qui se trouvent en eux ». Nostra Aetate 2.

La culture du jeûne dans l’islam, l’abstinence d’alcool, le stricte rythme journalier à respecter en fonction des moments de prière ; tous ces principes ne sont-ils pas autant de préceptes de cette religion dont nous pourrions, voire devrions,  tirer des enseignements ? Ne s’agit-il pas là de manifestations de l’Esprit à mon attention ? N’est-il pas possible de dire aux musulmans que nous admirons leur manière de pratiquer leur foi, sans pour autant brandir l’argument théologique leur reprochant d’avoir une autre représentation de Dieu ?

 

L’Église a pour mission de développer et de proposer des perspectives sources de paix. Il est temps de mettre au point un programme actif qui tienne vraiment compte de la volonté et de l’attitude positive de nombreux musulmans afin de modeler ensemble un avenir commun. Il est temps, non pas de parler des musulmans, mais de discuter avec eux et de travailler ensemble.

 

Martin Rupprecht

Directeur de l’antenne de contact pour la rencontre islamo-chrétienne de l’archevêché de Vienne

 

Version originale de l’article : allemand

 

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